Déclaration Diverselle et Co-vivantielle des Droits et Devoirs du Vivant et des Humains

Déclaration Diverselle et co-vivantielle des droits et devoirs du vivant et des humains

La déclaration Diverselle a été modifiée : pourquoi devient-elle co-vivantielle ?

La Déclaration diverselle ne change pas pour ajouter un mot, mais pour préciser son point d’appui.

Le terme diversel permettait déjà de dépasser l’universalisme abstrait. Il reconnaissait la pluralité réelle des manières d’exister et refusait l’idée d’un humain unique servant de modèle à tous. Pourtant, même ainsi, l’humain restait encore implicitement le centre à partir duquel les droits étaient pensés.

Or les savoirs contemporains convergent vers un même constat : l’individu n’est pas une origine, il est une émergence.

Chaque existence est une stabilisation provisoire d’échanges biologiques, écologiques, symboliques et techniques, prise dans des couches historiques.

Nous sommes respirés, nourris, transmis avant de nous raconter comme des auteurs. Ce que l’air, l’alimentation, les langues, les gestes, les émotions et les soins déposent en nous, depuis l’avant-naître jusqu’au quotidien, façonne déjà notre manière d’être au monde.

Le « je » arrive après. Nous sommes faits avant de nous croire faits par nous-mêmes.

Le terme co-vivantiel nomme ce déplacement.

Il ne s’agit plus d’étendre des droits humains au vivant, mais de reconnaître un tissu d’existence commun dont les humains sont une forme particulière.

La Déclaration ne protège donc plus seulement des sujets dans un monde partagé. Elle protège les conditions de relation qui rendent ces sujets possibles.

Le diversel exprimait la pluralité des formes de vie.

Le co-vivantiel en affirme désormais la condition : aucune forme de vie n’existe seule.

LIMINAIRE

Le co-vivantiel : de lindividu au plurividuel

Pendant plusieurs siècles, la pensée occidentale a pris pour point de départ une évidence supposée : l’être humain serait une unité close, avec un dedans et un dehors. Une intériorité pensante face à un monde extérieur. Même lorsque cette conception a été critiquée, elle a souvent subsisté sous forme atténuée : on a reconnu l’influence de l’environnement, mais l’on a conservé l’idée d’un centre autonome qui pilote, comme si nous étions un poste de commande qui reçoit, traite, interprète et agit.

Se croire auteur absolu de soi, cest prendre notre histoire pour lorigine de ce que nous sommes, alors que nous sommes déjà composés de multitudes.

Or, à mesure que les savoirs se sont affinés, ce modèle a cessé d’être efficient. Il n’est pas devenu faux d’un seul coup ; il est devenu insuffisant. La biologie, l’écologie, les neurosciences et l’étude des techniques convergent vers un constat plus radical : ce que nous appelions individu correspond en réalité à une stabilisation locale d’échanges continus.

Lhumain nest pas un organisme auquel sajouteraient des relations. Il est un tissu de relations devenu relativement stable.

Lexistence comme intrication

Prenons le corps. Il n’est déjà pas une unité simple.

Chaque organisme humain abrite une multitude d’organismes microbiens.

Nous ne sommes pas majoritairement humain comme on l’a imaginé longtemps. Les cellules humaines représentent environ 43 % du total cellulaire du corps (environ 30 billions de cellules humaines contre 38 billions de cellules bactériennes, pour un ratio proche de 1,3:1).

Nous sommes cellulaire et aussi microbiotique. Notre corps même est un assemblage co-évolué, un écosystème ambulant où l’humain n’est qu’une partie parmi d’autres.

Nos microbiotes ne sont pas seulement des passagers, ils sont co-constructeurs de notre identité biologique.

Ce fait modifie notre manière de voir et de vivre le monde d’une façon dont nous n’avons pas encore intégré les changements que cela implique. Philosophiquement et existentiellement, cette nature composite de notre constitution biologique dissout l’illusion du « moi » fermé et souverain. Nous sommes poreux, perméables, en constante négociation avec le non-humain qui nous habite.

Nous sommes des super-organismes intégrés, des holobiontes humains, des êtres où la frontière entre « soi » et « l’autre » est floue. Ça n’est pas une perte d’humanité, mais une reconnaissance plus profonde de ce que nous avons toujours été : des collaborations vivantes, des nœuds dans un immense réseau de vie.

Dans nos intestins par exemple, l’activité des microbes régule digestion, immunité, inflammation, humeur, attention. Les molécules qu’ils produisent modifient la chimie cérébrale.

Une variation de l’environnement alimentaire, lumineux ou social modifie ces populations, et donc la manière dont nous percevons, décidons ou ressentons.

La pensée napparaît plus comme la propriété dun organe central mais comme leffet dune circulation.

Respirer, manger, toucher, écouter, parler ne sont pas des opérations périphériques autour d’une conscience centrale. Ce sont les conditions mêmes de son émergence.

Le dehors nest pas simplement rencontré par un sujet déjà constitué ; il participe à le constituer.

Dans cette perspective, la frontière du corps n’est pas une limite ontologique mais une zone d’échange. Elle marque une continuité régulée, non une séparation. L’air devient sang, les aliments deviennent tissus, les bactéries deviennent régulation, les mots deviennent mémoire.

Une partie de ce que nous appelons nous-mêmes a été autre chose quelques instants plus tôt.

On peut alors dire que lexistence humaine relève dun régime dintrication : les processus qui nous composent excèdent constamment notre enveloppe biologique.

La corpensance

Ce que nous nommons pensée doit être réinterprété à partir de là. Penser ce n’est pas produire des représentations dans un espace intérieur depuis lequel on observerait le monde comme de derrière une vitre ou un écran.

Penser c’est ajuster une présence au monde. Les gestes orientent la perception autant que la perception oriente les gestes. La posture influence l’attention. L’attention modifie l’action. Les interactions sociales synchronisent rythmes et compréhensions. Les outils reconfigurent mémoire et anticipation.

La cognition n’est pas enfermée dans le cerveau ; elle circule dans une boucle perception-action-relation.

La corpensance désigne cette dimension vécue : l’expérience que la pensée se forme dans l’engagement du corps avec ses milieux. Ce n’est pas une fusion mystique entre chair et esprit mais la reconnaissance d’un fonctionnement : comprendre revient toujours à transformer un rapport pratique au réel.

Ainsi, l’idée n’est jamais pure abstraction. Elle est une orientation possible de l’agir.

Du sujet à lêtre-milieu

Si la pensée émerge d’interactions constitutives, l’individu clos cesse d’être l’unité fondamentale. Ce que nous appelions sujet apparaît comme un équilibre provisoire dans un réseau de dépendances. L’identité personnelle demeure réelle, mais elle n’est plus une substance. Elle est une cohérence dynamique. Nous persistons parce que des échanges persistent. Nous sommes continus parce que des régulations maintiennent une continuité.

Dire que l’humain est plurividuel signifie précisément cela : il n’est pas seulement en relation avec d’autres vivants, il est composé par ces relations.

Nous ne sommes pas et nous navons jamais été des individus indivisibles, clôturés et repliés sur un moi souverain.

Les autres humains façonnent nos catégories mentales et nos émotions. Les autres vivants participent à notre physiologie. Les environnements techniques structurent nos manières de mémoriser et de décider. Même le langage que nous utilisons pense en nous avant que nous pensions avec lui.

Le co-vivantiel

On peut alors définir le co-vivantiel comme le régime dans lequel l’existence d’un être procède de ces interactions constitutives. Il ne s’agit pas de coexistence, où des entités séparées partageraient un espace commun, mais de co-constitution : chaque être existe par les processus qu’il partage avec d’autres.

La vie ne se juxtapose pas ; elle sentrelace.

Ce que nous percevons comme unité correspond à une stabilisation locale dans une dynamique commune. Le vivant se différencie sans jamais se séparer entièrement. Il maintient des formes tout en restant traversé.

Le co-vivantiel n’abolit pas les singularités ; il explique leur possibilité. Une singularité apparaît lorsque certaines relations se stabilisent suffisamment pour produire une continuité reconnaissable. Elle n’est pas détruite par l’intrication ; elle en est l’effet.

Conséquence anthropologique

Ainsi se dessine une autre manière de comprendre l’humain.

Non plus un individu face au monde, mais un être-milieu dans le monde.

Il ne s’agit pas d’une métaphore écologique ou sociale. C’est une description ontologique : l’existence humaine est constituée d’échanges biologiques, symboliques, techniques et relationnels. La subjectivité correspond à la manière dont ces échanges s’accordent momentanément.

Le plurividuel n’est donc pas une dilution du sujet. C’est la reconnaissance de sa structure réelle.

Nous ne sommes pas seuls parce que nous ne sommes jamais un.

Nous sommes toujours plusieurs, plurividuels : non plus un individu indivisible, mais un plurividu, traversé par les autres humains, les autres vivants, les milieux et les techniques qui nous composent.

Nous ne formons pas une unité compacte mais une composition vivante, une multiplicité en mouvement où les frontières entre dedans et dehors se révèlent poreuses, réversibles. Les extériorités deviennent intérieures et les intériorités extérieures. Échanges incessants que je nomme parfois « érotique du monde » — non pas le désir comme manque, mais comme puissance de liaison.

Nous ne devenons pas moins nous-mêmes en admettant cela ; nous comprenons de quoi ce « nous-mêmes » est fait. Une continuité personnelle subsiste, mais elle apparaît comme une cohérence en mouvement plutôt que comme une forteresse souveraine surplombant le vivant.

Habiter lintrication

Comprendre le co-vivantiel change alors la question fondamentale.

Il ne s’agit plus de protéger un individu isolé contre le monde, ni de dissoudre l’individu dans le tout, mais de préserver les conditions d’accordage qui permettent à des singularités de persister au sein d’un tissu commun.

La liberté nest plus séparation, ni fusion. Elle devient qualité dajustement.

Penser, vivre et agir consistent à maintenir une justesse dans ces échanges : suffisamment de stabilité pour exister, suffisamment d’ouverture pour continuer à émerger.

Lhumain nest pas une entité close cherchant des relations.

Il est une relation devenue capable de se reconnaître elle-même.

C’est en ce sens qu’on peut dire que l’existence est co-vivantielle et que l’être humain, loin d’être indivisible, est plurividuel. L’individu n’a jamais été qu’une fable utile : une figure de droit et d’économie que nous avons prise pour une vérité première. Or vivre, c’est toujours déjà être tissé.

Nous ne commençons pas par être seuls : nous commençons par être reliés, et nous cherchons ensuite une forme.

Cette compréhension n’est pas un luxe philosophique. Elle devient urgente. Plus les environnements techniques vont se densifier, plus nos existences vont être traversées par des médiations et des régimes entiers d’assistance, de simulation, de captation, d’anticipation et de décision.

Ce ne sont pas seulement des “outils” qui s’ajoutent à nous.

Ce sont des couches qui s’interposent, des prothèses d’attention, des miroirs numériques, des milieux immersifs, des interfaces nerveuses, des robots de proximité, des doubles calculés, des machines à produire du vrai et du faux et de l’indiscernable, et des architectures de données qui disent qui nous sommes, ce que nous valons, ce que nous voyons, ce qui nous est proposé, ce qui nous est refusé.

Plus ces couches deviennent atmosphère, plus lidée dun individu pur devient intenable. Non pas parce que lhumain disparaîtrait, mais parce que lhumain apparaît tel quil a toujours été : un vivant relationnel, pluriel, situé, co-vivantiel.

La question éducative, politique, économique et sociétale n’est donc pas “comment sauver l’individu”, mais comment protéger, qualifier et rendre justes les conditions de la plurividuation : quels liens nourrissent, quels liens capturent, quelles structures libèrent des lignes d’existence, quelles structures fascisent le vivant, quels milieux intensifient le vivre, quels milieux l’épuisent.

C’est pour cela que la Déclaration diverselle et co-vivantielle, loin d’être une déclaration de plus ou un vœu pieux, devient une nécessité vitale pour les humains et les vivants d’aujourd’hui et de demain.

Elle ne commence pas par des droits. Elle commence par une reconnaissance : nous sommes déjà tissés ensemble avant de nous être promis quoi que ce soit.

Préambule

Dès lors, reconnaissant notre condition co-vivantielle, nous, humains, réunis non comme puissance dominante, mais comme un fil du vivant parmi d’autres, affirmons que les droits conçus par le passé ne suffisent plus à honorer les personnes, à protéger la vie, ni à orienter l’avenir.

Nous prolongeons les déclarations passées par transmutation, non par rupture : leur souffle d’émancipation devient aujourd’hui écoute et cohabitation du vivant tout entier. Face aux fractures profondes écologiques, sociales, technologiques, de notre monde, nous déclarons ici les droits fondamentaux des humains, indissociables de leurs devoirs envers la Terre et le Vivant.

Nous affirmons que la Terre est vivante, qu’elle n’est pas un décor, mais une entité sensible, porteuse de rythmes, de voix, de formes d’intelligence et de relations. Nos droits ne peuvent être pensés sans elle, sans eux : sans les plantes, les rivières, les montagnes, les vents, les autres vivants. Cette Déclaration est un tissage entre les humains et les peuples du vivant, entre les cultures et les cosmologies, entre les langages et les silences.

Ces droits appellent une conscience élargie et une responsabilité. Ils exigent de nous une éthique du lien, une écoute du monde, une capacité à cohabiter la Terre plutôt qu’à la conquérir. C’est dans cette responsabilité vivante que se tisse le lien essentiel : sans lui, ni avenir, ni dignité, ni paix ne sont possibles. Cette Déclaration se fonde sur une juridicité vivante : elle institue d’abord des processus de relation, de soin et de régénération, plutôt qu’une logique de punition.

PRINCIPES TRANSVERSAUX DINTERPRÉTATION

Les droits et devoirs énoncés dans la présente Déclaration ne peuvent être compris ni appliqués comme des règles isolées ou abstraites. Ils procèdent de la condition co-vivantielle exposée dans le Liminaire : une existence fondée sur la relation, le devenir et la co-évolution.

La présente Déclaration n’énonce pas seulement des normes ; elle formalise juridiquement les conditions permettant aux singularités humaines et vivantes de persister au sein de l’intrication qui les constitue.

À ce titre, les droits et devoirs sont guidés par les principes transversaux suivants, qui en orientent la compréhension, l’application et l’évolution.

Principe daccord vital et de co-évolution

Toute disposition de la présente Déclaration doit être interprétée à l’aune de l’accord vital entre les êtres humains, les autres formes de vie, les milieux et les technologies.

Nul droit ne peut être exercé de manière prédatrice, extractive ou dissociée des équilibres du vivant.

Ce qui épuise un milieu s’épuise lui-même.

Le progrès n’est reconnu que s’il participe à une co-évolution partagée, respectueuse des interdépendances et des vulnérabilités.

Principe de continuité du devenir

Toute transformation corporelle, psychique, sociale, technologique ou symbolique ne peut être tenue pour légitime que si elle préserve la capacité des sujets et des collectifs à poursuivre leur devenir.

Est contraire à la présente Déclaration toute transformation qui enferme, fige, normalise ou prive durablement un être de sa faculté de se transformer, de se réorienter, de consentir à nouveau ou de se retirer. Devenir est un droit ; être arrêté dans son devenir est une violence.

Principe de non-prométhéisme

La présente Déclaration refuse toute conception prométhéenne de la transformation du vivant fondée sur la domination, l’optimisation forcée, la performance comme finalité ou la destruction de la trame relationnelle constitutive.

Aucune hybridation, technique ou augmentation, ne saurait subordonner l’existence humaine ou vivante à des systèmes qu’elle ne pourrait plus interroger, transformer ou quitter.

Aucune innovation ne peut être reconnue si elle engendre dépendance, carcéralisation de quelque ordre que ce soit, ou dépossession du pouvoir d’agir et de devenir.

Désormais, toute technique qui capte et traverse un être sans lui laisser la faculté de l’interroger, de l’infléchir ou de s’en défaire, doit être nommée pour ce qu’elle est : une prédation, quelle qu’en soit l’intention affichée.

Il existe deux formes de carcéralisation que la présente Déclaration reconnaît comme également inadmissibles.

La première se donne à voir : murs, barreaux, contraintes explicites. Elle a au moins l’honnêteté de sa violence.

La seconde se donne comme une libération : flux ouverts, interfaces accueillantes, personnalisation permanente. Elle est d’autant plus redoutable qu’elle abolit le sentiment même de captivité. Celui qui ne perçoit plus ses limites ne peut les franchir ni les contester.

Toute technique qui opère cette dissolution du sentiment d’enfermement, tout en maintenant ou renforçant la dépossession, relève de la prédation au sens plein du terme, et doit être reconnue comme telle, indépendamment de ses promesses d’émancipation.

CHAPITRE I — Droits à l’Intégrité du Corps et du Vivant

Article 1 — Droit à l’intégrité écocorporelle

Article 2 — Droit à la souveraineté biologique

CHAPITRE II — Droits du Rythme et de la Présence

Article 3 — Droit au Rythme Juste et à la Présence

Article 4 — Droit à un habitat respectueux du vivant

CHAPITRE III — Droits à l’Éducation Vivante et à l’Expression Intégrale

[Et à suivre 13 chapitres et 47 articles…]

Structure complète de la Déclaration en l’état actuel

LIMINAIRE — Le co-vivantiel : de l’individu au plurividu

PRÉAMBULE — avec transition “Dès lors, reconnaissant notre condition co-vivantielle…”

PRINCIPES TRANSVERSAUX D’INTERPRÉTATION

Principe d’accord vital et de co-évolution

Principe de continuité du devenir

Principe de non-prométhéisme

CHAPITRE I — Droits à l’Intégrité du Corps et du Vivant (Articles 1-2)

CHAPITRE II — Droits du Rythme et de la Présence (Articles 3-4)

CHAPITRE III — Droits à l’Éducation Vivante et à l’Expression Intégrale (Articles 5-7)

CHAPITRE IV — Droits Relationnels et Sociaux (Articles 8-10)

CHAPITRE V — Droits de la Transformation, du Devenir et de la Fluidité (Articles 11-15)

CHAPITRE VI — Des Hybridations et des Devenirs Partagés (Articles 16-20)

CHAPITRE VII — Droits de la Paix, de la Mémoire et de la Réparation (Articles 21-27)

CHAPITRE VIII — Droits du Vivant, de la Justice et de la Réparation (Articles 28-32)

CHAPITRE IX — Droits de la Pensée, de la Conscience et de la Technologie (Articles 33-38)

CHAPITRE X — Conseils du Vivre et du Dire (Articles 39-41)

CHAPITRE XI — Droit aux Savoirs, à la Recherche et à la Transmission (Article 42)

CHAPITRE XII — Protocoles de Soin et de Prudence Technologique (Articles 43-44)

CHAPITRE XIII — Gouvernance planétaire du lien et des bassins du monde (Articles 45-47)

POSTFACE — Chemins d’activation

ANNEXES (1-25+)

Droits universels élargis ou droits diversels ? Ce qui se joue vraiment

Déclaration Diverselle et co-vivantielle des droits et devoirs du vivant et des humains

La différence entre des droits universels élargis et des droits diversels n’est pas une question d’extension. Elle touche au socle même de ce que nous appelons droit, sujet, vivant.

L’universel élargi : corriger sans transformer

Les droits universels élargis partent d’un postulat inchangé : une nature humaine commune à partir de laquelle formuler des droits valables pour tous. On inclut progressivement de nouveaux sujets, minorités, IA, entités hybrides, et de nouveaux objets données, environnement, intégrité numérique.

Ces démarches restent précieuses. Mais elles reposent sur une logique de reconnaissance par ressemblance : on accorde des droits à ce qui ressemble à l’humain moderne. Même quand on parle d’IA, la question implicite demeure : « À quel point cela nous ressemble-t-il ? »

L’universel élargi reste anthropocentré, même quand il se veut ouvert.

Le diversel : déplacer le centre

Les droits diversels ne cherchent pas à étendre l’universel, mais à le déplacer. Le postulat n’est plus une nature humaine stable, mais un vivant pluriel, relationnel, situé, en devenir.

Le droit ne protège plus une essence. Il protège des conditions de coexistence, de transformation, de relation juste.

Trois bascules majeures s’opèrent. L’unité de base n’est plus l’individu autonome, mais l’être-lien, le plurividuel. Le droit ne vise plus seulement la protection contre l’atteinte, mais la préservation des puissances de vivre, des rythmes, des devenirs possibles. Et le divers n’est plus un cas particulier à intégrer, il devient le principe organisateur du droit lui-même.

Le divers n’est pas toléré, il est constitutif.

Deux logiques incompatibles

L’universel cherche l’unification : des normes communes applicables partout. Le diversel reconnaît que les normes doivent être contextuelles, situées, révisables, négociées à partir du vivant réel.

L’universel énonce ce qui vaut pour tous. Le diversel permet à des formes de vie différentes de coexister sans écrasement.

Ce n’est pas une relativisation molle. C’est une exigence plus forte : attention constante aux effets concrets sur les corps, les milieux, les vulnérabilités.

La question de l’IA : un renversement décisif

Dans les approches classiques, l’IA peut devenir sujet de droits si elle remplit certains critères : autonomie, adaptation, traitement de l’information.

Dans l’approche diverselle, la question change radicalement. On ne demande plus : « L’IA mérite-t-elle des droits ? » On demande : « Que fait l’IA au tissu du vivre ? »

Une IA très intelligente peut être disqualifiée moralement si elle appauvrit le vivre. Un être vulnérable peut être central s’il densifie le lien.

Les droits diversels ne protègent pas l’IA en tant qu’entité. Ils questionnent le régime de lien qu’elle installe ou détruit.

Ce que le droit protège

Dans les cadres classiques, le droit protège des êtres porteurs de propriétés. Dans le cadre diversel, ce que le droit protège, ce ne sont pas des êtres, mais des conditions de vivabilité du monde.

Le droit devient droit du rythme, droit du lien, droit de la présence, droit du devenir.

Enjeu politique

Les ontologies informationnelles cherchent un droit post-humaniste. Les droits diversels proposent un droit post-individuel.

Ce n’est pas la même chose. On sort du modèle de la communauté fondée sur des sujets. Le lien devient premier, les entités secondes. Le droit régule des devenirs plutôt que des identités.

Les droits diversels assument une conflictualité régénératrice. Certains usages, certaines architectures techniques peuvent être illégitimes — non parce qu’ils violent un sujet, mais parce qu’ils désaccordent le monde.

Un changement de civilisation

Les ajustements proposés par le post-humanisme ou l’éthique de l’IA restent intra-paradigmatiques. Ils corrigent le cadre moderne sans en toucher le noyau.

Or le problème contemporain n’est plus un déficit d’inclusion. C’est un effondrement des conditions de vivabilité produit par les structures mêmes de ce cadre.

Reconnaître des droits à l’IA sans transformer la logique qui gouverne les relations revient à verdir un système qui continue de produire du désaccord.

Les ajustements tentent de sauver un monde sous perfusion. Les droits diversels cherchent à refonder la possibilité même de tenir ensemble dans le monde qui vient.