Dévaster ou s’accorder il va falloir choisir

Du monde-stock au monde-lien : choisir l’accord vivant plutôt que l’extraction

Notre civilisation s’est bâtie sur un malentendu métaphysique : la pensée comme séparation, la liberté comme volonté de maîtrise, de possession de la nature ainsi que de domination sur autrui et sur le monde. Aujourd’hui, cette logique séparatrice et extractive ne dévaste plus seulement nos sols, elle épuise nos corps et sature nos esprits.

Aussi face à l’effondrement du monde moderne et de sa logique mortifère, une alternative radicale émerge : l’accord vivant. Non plus vivre comme prédation, mais vivre comme reliance. Ce n’est plus une option dxxmorale, c’est une condition de continuité.

Il y a ainsi une « question qui, sous des airs simples, contient le destin d’une civilisation : faut-il extraire et dévaster le vivant, ou relier et s’accorder ?

À première vue, on pourrait croire à une alternative morale, presque pédagogique : d’un côté le “mal” de la destruction, de l’autre le “bien” de l’harmonie. Mais ce serait encore penser avec les catégories trop faciles de la modernité, ses oppositions trop nettes, ses jugements trop rapides, son besoin de faire d’un problème une leçon.

En réalité, cette question engage une ontologie, c’est-à-dire une manière de définir ce que nous sommes, ce qu’est le monde, et ce que signifie agir. Elle engage aussi une politique au sens le plus profond : comment une société s’organise, ce qu’elle valorise, et ce qu’elle sacrifie pour se maintenir.

Car “extraire” n’est pas seulement un geste technique. C’est un geste métaphysique. Extraire, c’est décider que le monde est dehors. Extraire, c’est supposer que le vivant est un réservoir. Extraire, c’est rendre le réel muet pour ne plus entendre en lui qu’un stock de matière. On parle d’exploitation, de ressources, de filières, de gisements, d’optimisation, de rendement. On dit qu’on valorise alors qu’on ne fait que capturer. On parle de “développement” là où il s’agit souvent de conversion forcée : convertir un milieu en marchandise, convertir une forêt en volume commercialisable, une rivière en débit irrigable ou en Kilowatt, une montagne en minerai, un animal en unité de production, un humain en temps de travail et en rendement, un geste, une attention en donnée. Extraire est le nom d’une transformation du monde en inventaire.

Mais pourquoi cette transformation a-t-elle été possible ? Parce qu’une certaine idée de l’humain s’est imposée, et avec elle une certaine idée de la pensée. L’humain moderne s’est cru séparé. Il s’est imaginé comme une forteresse, un centre, une conscience surplombante, un sujet qui regarde le monde comme on regarde un objet. Il a cru que penser était se retirer, se couper, se placer au-dessus. C’est là que commence le malentendu originel : croire que la pensée est d’abord une distance. Croire que la liberté se prouve par la séparation. Croire que la vérité exige le surplomb. À partir de là, le monde est devenu un dehors. Et dès qu’il y a un dehors, il y a une tentation de capture : saisir, posséder, maîtriser, prévoir, diri, contrôler.

Extraire, c’est donc une manière de vivre la relation au monde : comme domination. Même quand elle se déguise en rationalité, en progrès, en science, en confort, en modernisation, la logique est la même : rendre disponible ce qui ne l’était pas, forcer l’accès, transformer l’altérité en utilité.
On comprend alors pourquoi l’extraction n’est pas un secteur de l’économie, mais un régime général.
Elle ne concerne pas seulement le pétrole, les métaux, les sols, les forêts. Elle concerne quelque chose qui ne nous saute pas aux yeux immédiatement mais qui pourtant est bien réel et actif dans nos quotidiens. Elle concerne la parole, l’image, l’attention, le désir, le temps. Elle concerne les corps, pris dans des cadences qui les épuisent. Elle concerne les esprits, pris dans des flux qui les saturent. Elle concerne même les affects, transformés en marché. Ce n’est pas seulement la nature qui est extraite : c’est le vivre.

Or toute extraction comporte une violence, mais elle aime se faire passer pour une évidence. Le monde moderne a naturalisé la capture. Il a rendu normal l’acte de prélever sans rendre. Il a rendu normal d’épuiser un milieu pour augmenter une courbe. Il a rendu normal d’appeler “croissance” ce qui est souvent une décomposition. Il a rendu normal d’appeler “réussite” ce qui est parfois une accumulation de dommages. Il a rendu normal d’appeler “rationalité” une organisation qui détruit les conditions mêmes de sa propre continuité.

Dès lors une seule question se pose : s’agit-il d’un simple abus, corrigible par quelques mesures, ou d’une orientation fondamentale ?

S’il ne s’agissait que d’excès, on pourrait moraliser l’économie, verdir la croissance, optimiser les procédés, compenser ici, replanter là, “réconcilier” l’industrie et la nature. Mais la crise actuelle montre autre chose : la logique extractive n’est pas un accident du système, elle est le système. Elle n’est pas un écart, elle est la structure. Et surtout, elle n’est pas seulement matérielle : elle est cognitive, affective, politique.  Elle est une manière de penser, de désirer, d’organiser, de produire du sens.

Dès lors, “relier et s’accorder” n’est pas une option secondaire, un supplément d’âme. C’est un changement de paradigme. Relier, ce n’est pas ajouter du lien sur un monde déjà détruit. Relier, ce n’est pas “communiquer davantage”. Relier, ce n’est pas une opération de réseau au sens numérique. Relier, c’est reconnaître que nous ne sommes pas d’abord des individus, mais des compositions. Que nous ne vivons pas dans un monde d’objets, mais dans un tissu de relations. Que nous ne sommes pas face au vivant, mais plutôt que nous sommes du vivant, dans le vivant, avec le vivant. Relier, c’est accepter que l’existence n’est pas une propriété privée, mais une co-appartenance, une co-vivance.

S’accorder, alors, signifie autre chose que “se mettre d’accord” au sens social. S’accorder, c’est ajuster nos manières d’agir aux rythmes du réel. C’est écouter avant de produire. C’est s’informer des cycles avant d’imposer une cadence. C’est reconnaître des limites non comme des humiliations, mais comme des formes de sagesse. C’est comprendre que la puissance n’est pas de tout faire, mais de faire juste. Faire juste, c’est-à-dire faire de manière à ne pas casser les conditions du faire. Faire de manière à ce que la vie puisse continuer, se renouveler, se recomposer. L’accord n’est pas l’arrêt : c’est une autre vitesse, une autre intelligence de l’action.

À ce point, la philosophie doit dire clairement ce que beaucoup sentent confusément : l’extraction est une ontologie de la séparation, l’accord est une ontologie de la relation. L’extraction suppose un monde découpable, isolable, maîtrisable. L’accord suppose un monde intriqué, complexe, vivant, où chaque geste résonne. L’extraction cherche des causes simples et des effets localisés ; l’accord reconnaît les chaînes longues, les effets différés, les boucles de rétroaction, les conséquences invisibles. L’extraction veut un bénéfice immédiat ; l’accord veut une habitabilité durable. L’extraction fait du temps une contrainte ; l’accord fait du temps une matière. L’extraction réduit le vivant à un “capital naturel”, l’accord reconnaît le vivant comme une communauté de conditions, une pluralité de présences, un ensemble de co-dépendances.

Mais il faut aller plus loin : pourquoi l’accord apparaît-il si difficile à instituer ? Parce que la modernité a fabriqué des subjectivités désaccordées. Elle a formé des êtres qui vivent hors sol, non pas parce qu’ils le voudraient, mais parce qu’ils ont été entraînés à se penser hors sol. L’école, les institutions, les imaginaires de réussite, la publicité, la technique de masse, tout cela a souvent appris à extraire : extraire de l’attention, extraire de la performance, extraire de la compétition, extraire du résultat. Même la connaissance, parfois, a été vécue comme extraction : prendre un savoir, le stocker, l’utiliser, obtenir une note, obtenir une place. L’apprentissage est devenu un assujettissement et une emprise plutôt qu’une transformation. On “acquiert” des compétences comme on acquiert des biens. On “capitalise” des expériences. On “optimise” son parcours. C’est une économie intérieure de l’extraction.

Et pourtant, quelque chose résiste. Dans le corps, dans le sensible, dans l’amour, dans la fatigue même, quelque chose dit : ce régime est trop coûteux.

Le vivant en nous proteste.

Il proteste par l’épuisement, par le stress, par le sentiment de vide, par la saturation, par la perte de sens. Il proteste aussi par le besoin de lenteur, de présence, de nature, de respiration, de silence. Il y a là un signe : l’accord n’est pas une invention idéale ; c’est une nécessité qui remonte du réel. Le vivant appelle une autre politique. Il appelle une autre technique. Il appelle une autre manière d’être ensemble.

Car “relier” engage l’institutionnel. Il ne suffit pas de dire “soyons reliés”. Il faut fabriquer des conditions de reliance. Il faut protéger des milieux, pas seulement par des réserves symboliques, mais par des régimes de droit, des limites effectives, des arbitrages contraignants. Il faut reconnaître des droits du vivant, non pas comme un discours décoratif, mais comme une architecture juridique capable de stopper la prédation. Il faut aussi reconnaître des droits humains nouveaux : droit au rythme, droit à la présence, droit à la désaturation, droit à l’espace respirable. Car une société qui dévaste le vivant dévaste aussi l’attention. Une société qui détruit les cycles détruit aussi les rythmes intérieurs. Une société qui prend sans rendre finit par produire des êtres qui ne savent plus rendre, parce qu’ils ne savent plus recevoir.

L’accord est donc une révolution anthropologique. Il suppose une conversion de la valeur. Tant que la valeur est mesurée par l’accumulation, l’accord est impossible. Tant que la puissance est mesurée par la capacité de prendre, l’accord est un handicap. Tant que le succès est défini comme une croissance l’accord est un ralentissement. Il faut donc réapprendre à compter autrement. Compter la réparation. Compter la santé des milieux. Compter la capacité d’un territoire à nourrir sans s’épuiser.  la qualité relationnelle d’une institution. Compter la réduction de la violence, pas seulement l’augmentation du PIB. Compter l’attention disponible, la respiration collective, la possibilité d’habiter le monde sans le détruire. Cela exige des indicateurs, oui, mais surtout un renversement du désir collectif : désirer la durabilité plutôt que la conquête.

On pointe ici une dimension souvent ignorée : l’extraction est soutenue par une esthétique. Elle a ses images, ses récits, ses mythes. Le mythe de la conquête, le mythe de la maîtrise, le mythe de l’homme qui arrache ses progrès à une nature hostile. Il y a une ivresse de la prise, une exaltation du pouvoir, une fierté de transformer. Et quand ce mythe s’épuise, il produit une mélancolie agressive : si l’on ne peut plus conquérir, alors on se replie, on nie, on accuse, on s’endurcit. L’accord, lui aussi, a besoin d’une esthétique : non pas une esthétique naïve, mais une esthétique de la justesse. Une beauté du soin. Une grandeur de la limite. Une noblesse de la réparation. Une poésie du lien. Une érotique du monde. Sans cela, l’accord reste un programme technique, et il perd face aux imaginaires puissants de la conquête.

Mais l’accord ne signifie pas “retour en arrière”. Il ne s’agit pas de fantasmer une pureté perdue. Le monde est déjà technique, déjà traversé de réseaux, déjà composé d’hybridations. La question n’est pas de choisir entre technique ou nature. La question est : quelle technique, pour quel type d’humain et quelle forme de monde ?

Car la technique peut être extractive ou accordante. Elle peut être une machine de capture ou un outil de soin. Elle peut saturer ou désaturer. Elle peut dévaster ou réparer. Le problème n’est pas l’existence des interfaces, mais leur orientation. L’enjeu aujourd’hui est de produire des technologies qui augmentent la capacité d’accord, au lieu d’augmenter la capacité de capture, de contrôle, d’emprise.

Cela vaut particulièrement pour les technologies du numérique et de l’IA. Elles peuvent devenir des outils de pilotage comportemental, d’extraction attentionnelle, de standardisation du désir, de gouvernance technofasciste ou cyberpunk.

Mais elles pourraient aussi devenir des outils d’intelligence écologique ; de gestion régénérative ; de distribution plus juste ; de pédagogies incarnées non productives d’individus séparés, hors-sol et entropique mais de plurividus accordés et syntropique ; de soutien aux vulnérables ; de sobriété informationnelle.
Rien n’est joué d’avance, mais la pente actuelle est claire : la plupart des systèmes sont conçus pour capter, retenir, convertir en données, convertir en profit. La logique extractive s’est déplacée : des mines aux cerveaux, du pétrole de schiste au pétrole cognitif, des forêts aux flux. On extrait désormais du temps de cerveau disponible, de l’émotion, de la relation, de la présence. On extrait du “vivre” sous forme de traces.

Il faut être lucide : l’accord ne sera pas un consensus. Il y aura des conflits. Entre intérêts à court terme et habitabilité à long terme. Entre désirs de confort immédiat et exigences de d’accords co-vivantiels. Entre vieilles industries et nouveaux modèles. Entre vieux principe d’économie entropique en échec et nouvelle économie d’alliance, nouveaux modèle d’affaire biomimétique inspiré de la nature, et nouvelle gestion syntropique des échanges. Entre puissances installées et communautés de résistance.

L’accord n’est pas l’absence de lutte : c’est une autre finalité de la lutte. Ce n’est pas lutter pour prendre plus ; c’est lutter pour rendre le monde vivable. Ce n’est pas lutter pour dominer ; c’est lutter pour protéger des conditions. Il y a une politique de l’accord, et elle est exigeante, parfois dure, parce qu’elle doit poser des limites au pouvoir de dévaster.

Mais si l’accord est si difficile, pourquoi y revenir avec insistance ? Parce que la réalité est en train de trancher. La dévastation ne se contente pas d’être injuste : elle devient matériellement impossible. Les milieux se dégradent, les équilibres se rompent, les vulnérabilités augmentent, les catastrophes se multiplient.

Une civilisation de l’extraction se heurte à la finitude du monde et à la fragilité des cycles.

Et plus elle se heurte, plus elle accélère, comme un système qui s’affole et consomme plus pour compenser ce qui manque. C’est un cercle entropique : on détruit, donc on manque, donc on prend plus, donc on détruit davantage. À un moment, il faut casser le cercle.

Relier et s’accorder, c’est casser le cercle. C’est accepter que l’humain n’est pas un empire dans le vivant, mais un co-vivant, un fil parmi d’autres. C’est accepter que la liberté n’est pas la capacité de tout faire, mais la capacité de choisir des gestes qui n’annulent pas les conditions de leur propre continuation. C’est accepter que l’intelligence n’est pas seulement calculatrice, mais relationnelle, située, sensible, capable de percevoir des dépendances et d’agir avec elles. C’est accepter qu’un monde habitable se construit par le soin, la limite, la réparation, la présence, la co-évolution.

Il y a une phrase que l’on pourrait inscrire au fronton de l’époque qui vient : la puissance d’une civilisation se mesure à sa capacité d’accord et de co-vivance. Non pas des accords mous, mais des accords vivants. Accord avec les milieux, avec les rythmes, avec la pluralité du vivant, avec la vulnérabilité des corps, avec la complexité du réel. L’accord est une forme supérieure de rationalité : une rationalité qui n’est plus celle du surplomb, mais celle de l’immanence. Une rationalité qui ne sépare pas pour comprendre, mais qui comprend en reliant. Une rationalité qui sait que ce qu’elle touche, elle le modifie, et que toute modification oblige.

Alors oui, il faut choisir. Mais ce choix n’est pas seulement un choix éthique ; c’est un choix d’existence. Soit nous continuons à vivre comme si le monde était une réserve, et nous irons vers une modernité terminale, techno-sécuritaire et technofasciste, violente, où l’on tentera de compenser la dévastation par plus de contrôle.

Soit nous basculons vers une civilisation de la composition, où l’on réapprend à faire monde, à faire milieu, à faire lien, et où la technique devient un instrument de réparation plutôt qu’un amplificateur de capture.

Ce basculement ne sera pas instantané. Il demande des droits, des institutions nouvelles, des éducations nouvelles, des imaginaires nouveaux. Il demande une économie reconçue, une politique du rythme, une éthique de la présence, une justice qui protège le vivant et les vulnérables, une technologie orientée vers le soin. Mais il commence par une décision intérieure et collective : cesser de confondre vivre et prendre. Cesser de croire que la réussite est une conquête. Cesser de croire que la pensée exige la séparation. Revenir à une évidence plus profonde : nous existons parce que nous sommes reliés. Nous tenons parce que le monde tient. Et le monde ne tient que si nous cessons d’en faire un stock.

La question initiale était simple. Elle devient, maintenant, implacable. Extraire et dévaster, c’est choisir une puissance courte qui détruit les conditions de sa durée.

Relier et s’accorder, c’est choisir une puissance longue : celle qui rend possible un avenir. Ce n’est pas une option morale. C’est une condition de continuité. Et c’est peut-être, au fond, la seule forme de progrès qui mérite encore ce nom : progresser non pas en dévastant et en arrachant au vivant ce qu’il a, mais en apprenant à habiter avec lui, dans un accord assez juste pour que la vie, humaine et non humaine, puisse continuer à se déployer.

Dévaster ou s’accorder il faudra donc choisir

Extrait de Bonjour Cybernité, publication à venir en 2026

Les Flux de Dévivre

Du condamné au somnambule : deux époques de l’extractivisme

“J’ai cru voir des condamnés.”

C’est Irène qui parle. Le personnage qu’Ingrid Bergman incarne dans Europe 51 de Rossellini, 1952. Elle vient de traverser une usine. Elle sort. Elle balbutie cette phrase et elle ne s’en remettra pas. Elle a vu quelque chose de plus grand qu’elle, quelque chose de bien trop grand qu’elle ne peut intégrer, digérer, ou convertir en action ordinaire. Elle voit quelque chose que le monde autour d’elle a cessé de voir à force d’habitude, à force de le regarder sans le voir.

Des ouvriers qui entrent, qui travaillent, qui sortent. Des corps fonctionnels traversés par un rythme qui n’est pas le leur. Des vivants que quelque chose a condamnés à ce sort.

Deleuze revient sur cette scène dans L’Image-temps. Il en fait un moment philosophique cardinal, le moment où le cinéma bascule vers une autre façon de voir. Le schème sensori-moteur se brise. Irène ne peut pas réagir, agir, résoudre. Elle peut seulement voir. Et cette vision la détruit aux yeux de ceux qui l’entourent : ils la feront interner.

Ce film date de 1952. Mais la scène remonte plus loin encore. Rossellini cite Simone Weil parmi les influences de cette figure : Weil était elle-même descendue en usine pour voir de l’intérieur ce que c’était. Voir vraiment. Laisser entrer la réalité sans la filtrer.

Ce que voyait Irène, c’était déjà une forme de somnambulisme de masse, celui du capitalisme industriel, celui des travailleurs condamnés. Mais un somnambulisme encore incomplet, encore résistant. C’est l’époque Cyberne et le développement du capitalisme de flux qui achèvera ce mouvement, faisant du somnambulisme une ligne de dévivre généralisée, en dérive vers des devenirs cyberpunks ou technofascistes.

Le condamné.

Le mot est juste et il est lourd. Des condamnés, pas des morts, pas des abstractions, juste des prisonniers. Des humains que quelque chose a condamnés. Le mot implique une violence identifiable, une instance, une responsabilité quelque part. Un système qui broie, un ordre qui impose, une force qui contraint.

Le capitalisme industriel produisait des enchaînés, des hommes-machines, des condamnés par la dépossession physique. Il extrayait les corps, le temps, la force, la santé, les années. Il prenait la vie humaine dans sa dimension la plus concrète et la convertissait en valeur marchande.

Les ouvriers qui entraient dans ces usines au petit matin laissaient une partie d’eux-mêmes derrière le seuil : leur rythme propre, leur attention libre, leur puissance de décision sur leur propre existence, leur liberté avec le claquement de la pointeuse. La production et les rendements commençaient là où leur vivance se  transformait en dévivre.

Mais, et c’est essentiel, ils savaient. Ils avaient des mots, des analyses, des réunions, des syndicats. Mais ce savoir n’était pas une clarté continue : il se formait et se durcissait dans le frottement. Il y avait un savoir incorporé, une connaissance par la collision quotidienne avec la limite, l’écrasement, l’absurde d’une fonction qui mange la vie. La souffrance était réelle, présente, identifiable. Le frottement était réel. La résistance était possible parce que la violence avait un visage, un nom, une adresse. Les luttes ouvrières sont nées de là, du corps qui dit non, du corps qui sent l’injustice dans sa chair et refuse de s’y soumettre sans combat. La conscience de classe est d’abord une conscience du corps meurtri.

Mais il y avait encore un dehors.

Une fois franchi le seuil en sens inverse, le corps sortait. Le temps n’appartenait plus à personne d’autre. Les conversations du soir, le dimanche, le rêve, le vagabondage de l’esprit : tout cela existait dans une zone de temps et d’attention qui n’était pas immédiatement convertible, pas immédiatement monétisable, pas immédiatement prise dans la machine.

Aujourd’hui, ce dehors ne disparaît pas au sens géographique. Il se dissout au sens attentionnel. Le dehors, comme espace d’attention et de vie non capturée, se raréfie jusqu’à en devenir la machine même.

Le somnambule.

On n’est pas passé du capitalisme industriel au technocapitalisme comme on passe d’une époque à une autre en laissant la première derrière soi. On y a ajouté. Les corps sont toujours extraits : les livreurs géolocalisés et chronométrés à la minute par algorithme, les ouvriers d’entrepôts qui marchent des dizaines de kilomètres sous surveillance constante, les travailleurs précaires du monde entier dont la chair produit ce que d’autres consomment. L’extraction physique n’a pas cessé. Elle s’est intensifiée, mondialisée, rendue plus invisible aux yeux de ceux qu’elle n’atteint plus directement.

Et sur ce socle toujours actif, le technocapitalisme a construit une extraction nouvelle plus diffuse, plus intime.

Il ne condamne pas. Il ne contraint pas toujours frontalement. Il capte.

C’est là sa différence, et c’est là sa violence propre : une violence souvent moins “adressable”, plus difficile à viser. Non parce qu’il n’y aurait personne, mais parce que la contrainte est distribuée, déléguée, optimisée : métriques, objectifs, interfaces, tests, recommandations, micro-incitations. On ne la reçoit pas comme un ordre ; on la respire comme un climat.

Il opère par séduction, par stimulation, par flux. Il prend ce qui fait de nous des êtres vivants et relationnels — la curiosité, le désir de connexion, la sensibilité aux émotions des autres, le besoin de reconnaissance — et le met au service de la rétention et de la monétisation. Il n’a pas besoin de nous briser. Il lui suffit de nous dissoudre.

Il ne crée pas seulement des condamnés en révolte potentielle. Il crée des somnambules consentants.

Et le somnambule ne souffre pas de la même façon que le condamné. Il est absent à sa propre absence. Il ne sent plus le sol sous ses pieds, non parce qu’on le lui a arraché, mais parce que le flux est si constant, si enveloppant, si finement calibré pour saturer chaque interstice d’attention disponible, qu’il reste peu d’espace pour sentir ce qui manque.

Chacun de nous a vécu cela : je scrolle. Un post, un autre, une image qui me touche, une information qui m’alarme, une indignation, une tendresse, une catastrophe, une danse. Je suis dans le présent, mais je ne l’habite plus. Je le traverse sans le toucher. Je vis des émotions sans maturation, des connexions sans corps, des désirs perpétuellement activés et perpétuellement frustrés, maintenus en excitation chronique parce que c’est dans cet état que je suis le plus exploitable.

Mon rythme propre — celui de mon corps, de mon attention, de mon désir véritable — est court-circuité et remplacé par un rythme prédateur. Je vie dans un couloir de successions et de boucles. Je vis au rythme de quelque chose qui se nourrit de ma vie.

Le dévivre n’est pas la mort, il n’est pas l’absence définitive de vie, mais la vie vécue en sens inverse d’elle-même. Une vie qui se consomme sans se déployer. Qui vibre sans s’approfondir. Qui s’étale sans s’épaissir.

Le capitalisme industriel produisait de la misère visible. Des corps usés, des familles brisées, une souffrance qu’on pouvait photographier, témoigner, politiser. Le technocapitalisme aligné sur le seul profit produit quelque chose de plus insidieux : une abondance de dévivre. Des vies pleines de signaux, pauvres en substance. Des sujets fonctionnels, connectés, stimulés, apparemment libres, et pourtant absents d’eux-mêmes.

On est passé du capitalisme industriel peuplé de condamnés et de semi-somnambules au technocapitalisme peuplé de somnambules permanents. Du dévivre limité aux horraires de travail au dévivre omniprésent et généralisé

La modernité tardive a inventé une chose singulière : faire vivre intensément le dévivre. Elle a trouvé le moyen de capturer non plus seulement nos corps et notre temps, mais nos émotions, nos désirs, nos identités, nos relations, et même une part de notre sommeil. La saturation est large parce que le sujet entier tend à devenir ressource. De plus en plus de territoires intimes deviennent convertibles — et le dehors, comme zone de non-conversion, se réduit.

Et cette capture se présente comme une liberté. Comme une abondance. Comme le monde à portée de main.

C’est là où Irène nous manque.

Irène qui voyait. Irène qu’on a internée pour avoir vu. Irène qui ne pouvait pas intégrer dans l’ordre ordinaire des choses ce que ses yeux lui montraient : des vivants portés par un flux qui n’était pas leur élan propre.

Nous avons besoin de sa folie lucide. De ce regard qui s’arrête, qui ne peut pas continuer comme si de rien n’était, qui refuse de normaliser ce qu’il voit.

Nous avons besoin de voir, de vraiment voir ce que nous devenons.

Des somnambules qui ne savent plus qu’ils dorment.

Ma fille disait de son frère, lorsqu’il avait des épisodes de somnambulisme : « C’est un dormenbulle ». Elle ne cherchait pas un concept, elle nommait, dans la naïveté de son jeune âge, une scène. Et pourtant le mot dit exactement ce que nous vivons. Le dormenbulle n’est pas seulement celui qui marche en dormant. C’est celui qui traverse le monde dans une bulle, enveloppé, capté, isolé, comme si le sol ne répondait plus sous ses pieds. Il est là, mais à distance de sa propre présence.

Le somnambule du technocapitalisme ressemble à cela : non plus contraint comme le condamné, mais tenu dans une bulle de flux, saturé de signaux, privé d’un dehors respirable. La capture fabrique des bulles. Elle ne commande pas toujours, elle enveloppe. Elle ne brise pas forcément, elle dissout.

Alors l’enjeu devient net : percer la bulle sans se briser. Retrouver du dehors dans le dedans. Retrouver du sol sous le flux. Retrouver du temps long dans l’instant saturé de signaux. Non par une résolution héroïque, mais par une reprise de rythme, par une réinstallation progressive de la présence.

Transformer le dormenbulle en vivambule.

Le dormenbulle toutefois porte en lui la capacité d’éveil.

Et cet éveil ne viendra pas d’une décision de volonté : “à partir de demain je déconnecte”, “je sors boire un verre ou manger avec des amis”… Ce genre de résolution reste prise dans la même logique d’un moi isolé qui lutte contre lui-même. Cette décision de volonté est malheureusement condamnée au naufrage. Ainsi elle échoue et son échec ne fait qu’approfondir la dépossession.

L’éveil est une reprise de rythme. Un retour au corps propre. Une re-présence à soi par le dedans, sans rupture spectaculaire.

Sentir le poids de ses pieds sur le sol. Laisser une émotion se déposer avant de la partager. Laisser une pensée se former à son propre tempo. Laisser l’ennui exister : cet espace vacant d’où monte la voix propre, le désir véritable, l’élan qui vient vraiment de soi.

Ces gestes infimes sont des actes de résistance vitale. Pas parce qu’ils rejettent la technologie, mais parce qu’ils réaffirment que la vie a un rythme propre, un rythme qui ne peut pas être indéfiniment court-circuité sans que quelque chose d’essentiel s’appauvrisse.

Ce quelque chose, c’est la puissance longue : la capacité de s’inscrire dans le temps, de maturer, de se transformer, de tisser des relations qui durent et qui nourrissent, de participer au mouvement du vivant plutôt que d’en être le carburant.

Sortir des flux de dévivre. Reprendre la main sur le présent. Réhabiter le temps comme espace de déploiement.

Mais si la capture est devenue infrastructurale, si elle se loge dans des architectures, des interfaces, des normes et des modèles économiques, alors la reprise du rythme ne peut pas rester seulement une affaire privée. Il faut des droits qui protègent le dehors attentionnel, des devoirs qui engagent les puissances publiques et les acteurs techniques, des garde-fous pour que le lien, le sommeil, l’attention, la relation et le temps long cessent d’être traités comme des gisements.

Ce n’est pas un luxe. C’est la condition de toute vie vive.

Extrait de Bonjour Cybernité, à paraître en 2026

Qu’est-ce que la Cybernité ? Entrer dans l’époque qui vient

Un monde sans nom

Nous sentons tous que quelque chose a basculé. Les catégories héritées  —modernité, postmodernité, ère numérique — ne suffisent plus à décrire ce que nous vivons. Elles nomment des fragments, des symptômes, mais pas la mutation d’ensemble. Nous ne sommes plus modernes. Mais nous ne savons pas encore dire ce que nous sommes en train de devenir. Ce flottement n’est pas anodin. Une époque qui ne sait pas se nommer ne peut pas se penser. Elle subit ses transformations au lieu de les habiter. Elle oscille entre euphorie technologique et nostalgie paralysante, entre accélération aveugle et repli défensif.

Je propose un mot pour nommer cette époque : “Cybernité”

Pourquoi ce mot ?

Cybernité vient de ”kubernetes”, le pilote, le gouvernail : la même racine que cybernétique. Mais là où la cybernétique désigne une science du contrôle et de la communication, la Cybernité désigne une condition existentielle : celle d’êtres vivants immergés dans des flux qu’ils ne surplombent plus.
La modernité se caractérisait par une posture de maîtrise. L’humain moderne se tenait face au monde, en position de sujet connaissant et transformant. Il surplombait la nature, l’histoire, les techniques. Il projetait, planifiait, contrôlait. Cette posture s’effondre.

Non pas que nous ayons perdu toute capacité d’action, mais nous découvrons que nous n’avons jamais été ce sujet souverain que nous croyions être. 
Nous sommes traversés par des flux informationnels, biologiques, écologiques, techniques, affectifs, économiques, qui nous constituent autant que nous les constituons.
La Cybernité, c’est l’époque où cette vérité devient incontournable.

Ce qui distingue la Cybernité de la modernité. Plusieurs bascules majeures caractérisent ce passage.

Du surplomb à l’immersion. 

La modernité a pensé le monde depuis un point fixe, extérieur, séparé, supposé neutre et dominant. Elle a fait du regard une position de maîtrise et du sujet un observateur désincarné. L’époque cyberne rompt avec cette architecture. L’être cyberne ne surplombe plus le monde, il y est immergé. Il nage dans des flux vivants, techniques, symboliques et relationnels. Il n’a plus accès à un point de vue absolu, mais à des perspectives situées, provisoires, sensibles au milieu. Penser devient une manière de se tenir dans le mouvement, d’épouser des rythmes, de maintenir des prises sans les figer. Ce ne sont plus des individus clos qui habitent le monde, mais des vivres plurivivants, composés, relationnels, engagés dans une écologie continue du lien.

Du sujet au plurividu. 

L’individu moderne se pensait autonome, indivisible, maître de lui-même, dominant du monde. Le plurividu cyberne se découvre relationnel, traversé, composé. Il n’est pas moins libre pour autant, mais sa liberté ne réside plus dans l’isolement, elle se joue dans la qualité des liens qu’il tisse.

De la maîtrise à l’accord. 

Le moderne voulait contrôler. L’être cyberne cherche à s’accorder : aux rythmes, aux milieux, aux autres vivants, aux machines pensantes qui émergent. Non pas se soumettre, mais trouver des harmonies possibles dans la complexité.

De l’universel au diversel. La modernité projetait des normes universelles supposées valoir partout et pour tous. La Cybernité reconnaît que les normes doivent être situées, négociées, attentives aux singularités. Le divers n’est plus un obstacle à l’universel, il devient le principe même du commun.

La Cybernité n’est pas le numérique

Il serait réducteur de confondre Cybernité et révolution numérique. Le numérique est un des vecteurs de cette mutation, mais il n’en est pas la cause unique ni l’essence.

La Cybernité émerge de la convergence de plusieurs transformations : écologique (effondrement des équilibres, interdépendances rendues visibles), technologique (IA, biotechnologies, réseaux), cognitive (saturation attentionnelle, mutation des rythmes), anthropologique (hybridation des corps et des identités).

Le numérique accélère et amplifie ces processus, mais la Cybernité les dépasse. Elle désigne un nouveau régime d’existence où les frontières entre nature et technique, entre individu et collectif, entre humain et non-humain, entre vivant et artificiel, deviennent poreuses.

Ni technophilie ni technophobie

Nommer cette époque Cybernité, ce n’est ni la célébrer ni la condamner. C’est refuser deux postures également stériles.

La technophilie béate croit que les nouvelles technologies résoudront tous nos problèmes. Elle prolonge le rêve moderne de maîtrise par d’autres moyens. Elle ne voit pas que les outils que nous créons nous transforment en retour, souvent de manières que nous n’avions pas anticipées, et qu’ils peuvent devenir les vecteurs d’un technofascisme. Non pas un fascisme archaïque, brutal et revendiqué, mais une forme nouvelle de pouvoir autoritaire, algorithmique et gestionnaire, qui s’exerce par l’optimisation, la surveillance douce, la modulation des comportements et la normalisation automatisée. 

Mais l’époque cyberne ne réclame pas cette fuite en avant. Elle appelle autre chose qu’une société de contrôle high-tech ou qu’un horizon cyberpunk où la technologie amplifie les fractures, l’aliénation et la dépossession du vivant. Elle exige un déplacement plus profond : une transformation de notre rapport au pouvoir, au corps, au lien, au rythme et au monde, que la technophilie béate est précisément incapable de penser.

La technophobie nostalgique rêve d’un retour à un monde d’avant, supposé plus pur, plus humain, plus naturel. Elle ne voit pas que ce monde d’avant n’a jamais existé tel qu’elle l’imagine, et que le refus de la technique est lui-même une posture moderne : celle d’un sujet qui croit pouvoir choisir son rapport au monde depuis l’extérieur.

La cybernité ne propose ni refuge, ni échappatoire, ni solution clé en main. Elle nomme une condition. Celle d’un monde déjà là, tissé de flux entremêlés, où il n’est plus possible de se tenir à distance. Habiter la cybernité, c’est apprendre à demeurer lucide dans ce qui advient, à reconnaître les dangers sans céder à la panique, à discerner des puissances de vie sans les idéaliser, et à chercher, au cœur même de l’enchevêtrement, des formes de vivre justes, soutenables et réellement habitables.

Le nageur des flux : une figure pour la Cybernité

Comment vivre dans la Cybernité ?
Je propose une figure : le syntronageur. Le mot vient de syn (avec, ensemble), tropos (direction, manière), et nageur. Le syntronageur est celui qui nage dans les flux plutôt que de prétendre les survoler ou s’y noyer.
Il se distingue de trois autres figures.

Le naufragé est emporté par les flux sans prise ni direction. Il subit la saturation cognitive, l’accélération, la dislocation des repères. Il se noie.

Le surfeur glisse sur les flux sans s’y engager vraiment. Il reste en surface, consomme les nouveautés, passe d’une vague à l’autre sans jamais plonger. Il évite la noyade mais aussi la profondeur. Le moderne nostalgique refuse d’entrer dans l’eau. Il reste sur la rive, regrettant un monde disparu, impuissant face à ce qui monte. 

Le syntronageur, lui, accepte l’immersion. Il apprend à trouver des courants porteurs, à sentir les houles, à s’accorder aux rythmes. Il ne maîtrise pas les flux, mais il y trouve des orientations, des alliances, des moments de grâce.

La Cybernité a besoin de ces nageurs des flux.

Pourquoi ce diagnostic importe

Nommer notre époque n’est pas un exercice académique. C’est une condition pour agir. Tant que nous pensons avec les catégories de la modernité, nous restons aveugles à ce qui nous arrive. Nous cherchons des solutions modernes à des problèmes qui ne le sont plus. Nous voulons contrôler ce qui demande à être accordé. Nous défendons des frontières qui ont déjà cédé.

La Cybernité exige de nouveaux outils conceptuels : une ontologie du lien plutôt que de la substance, une éthique du soin plutôt que de la maîtrise, un droit des conditions de vivabilité plutôt que des sujets isolés, une pédagogie des corps en mouvement et de l’accord plutôt que l’esprit désincarné, désaccordé, coupé du monde et du vivant, hérité de la modernité. 

Ce blog est une trace pour randonner vers l’ailleurs de nos vies, une trace qui montre le chemin parcouru pour forger les outils mais aussi les routes et les gestes à venir.

Ce qui vient :

Dans les articles à venir, j’explorerai les différentes dimensions de la Cybernité :

∙ Le plurividu : repenser l’être humain comme être-lien

∙ La syntropie : penser la régénération contre l’entropie

∙ Les droits diversels : refonder le droit à partir du vivant

∙ La pédagogie éconeurocorporelle : éduquer pour l’époque cyberne

∙ Le rapport aux intelligences artificielles : ni outils ni sujets, mais régimes de lien

La Cybernité n’est pas une fatalité à subir. Elle est une épreuve de maturité pour nos sociétés et pour nos vies. Elle nous oblige à quitter les illusions de la maîtrise sans renoncer à la responsabilité. À inventer des formes d’accord là où l’on cherchait le contrôle. À apprendre non pas à régner sur les flux, mais à y tracer des chemins habitables.